.../...
Il savait où elle se trouvait, car elle* le lui avait appris quand il avait été en âge de comprendre: elle travaillait à Paris où elle était partie peu après sa naissance. Elle écrivait souvent, et il guettait le facteur, à midi, en rentrant de l'école. Á l'aller comme au retour, il courait tout au long des deux kilomètres qui séparaient la maison de Louisa du village, suivant le sentier bordé de haies vives et de noisetiers, qui, après être descendu jusqu'au cimetière, remontait vers des maisons coiffées de tuiles rousses. L'école était un petit bâtiment aux portes et aux fenêtres encadrées de briques et fleuri de lilas, au printemps, entre la salle de classe et le préau. Trente mètres avant la grille de l'entrée, une vierge aux couleurs douces,  jaunes et bleues, s'abritait dans une grotte, vestige d'une mission de 1880. Germain s'arrêtait chaque fois devant elle pour l'implorer: "S'il vous plaît, faîtes que ma mère revienne vite."

Un jour, avant de prendre la route de Paris, elle lui avait dit en le serrant dans ses bras:
- Bientôt je reviendrai et nous ne nous quitterons plus.
Depuis, il s'attachait à ses mots, se les répétait jour et nuit: "Je reviendrai et nous ne nous quitterons plus." Cet espoir l'aidait à supporter son absence mais ne l'empêchait pas d'en souffrir.
.../...

* Louisa, la femme bonne et généreuse qui a accepté de s'occuper de l'enfant.

Christian SIGNOL

Ils rêvaient des dimanches_Christian Signol