Portrait d'Émile Zola_MANET 1883

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mots de passage

dimanche 2 juillet 2017

À Aurore

Arbres bleus_gauguin_1888

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

George SAND

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Peinture: Arbres bleus_Paul Gauguin

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dimanche 14 mai 2017

Le soleil

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir !

Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

Charles BAUDELAIRE
Les Fleurs du Mal

Les Fleurs du Mal_ Charles Baudelaire_ livre de poche classique 1967
Edition Livre de poche classique_Edition 1967

 

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lundi 8 mai 2017

Chacun pour soi...

L'air est suave, le soleil est chaud, nos chevaux vont vite; les jeunes blés  couvrent les terres d'un tapis déjà  épais, mais à travers lequel on aperçoit encore le sol rougeâtre. Grâce  aux reflets du soleil bas qui, en cette saison, caresse de plus près, c'est un revêtement de velours riche sur la plaine toujours mollement ondulée  de notre vallée  noire. Une légère  vapeur argente les lointains. Dans les creux inondés, chaque sillon est un miroir ardent. Des volées  de corbeaux, recevant le point lumineux sur leur plumage lisse, brillent aussi au soleil comme des escarboucles. Des pies affairées fouillent brusquement les mottes de terre mouillées, et se disent avec aigreur des choses malséantes à propos d'un  fétu. Chacun pour soi, c'est  le mot des partis.

George SAND
Impressions et souvenirs

Impressions_et_souvenirs_George_Sand
Edition des femmes-Antoinette Fouque

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samedi 6 mai 2017

La pluie

André Kohn

Suspendue à  ses fils en chemise de nuit
La pluie lit le journal au soleil de midi

Elle lit, et bientôt les nouvelles l'ennuient.
Quelle Terre à soucis! Que de mélancolie!

Et l'on croit qu'elle pleure alors qu'elle, la pluie,
Ne cesse dans son coeur de rire à la folie

- Si je tenais ici l'animal qui a dit:
"Triste comme la pluie", il verrait du pays!

En s'étirant, la pluie reprend le journal gris.
-Que dit la météo? "Aujourd'hui: de la pluie".

Alors elle soupire et s'en va dans Paris
Arroser les jardins, les chats et les souris.

Marc ALYN

Peinture: André Kohn

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dimanche 26 mars 2017

Nous dormirons ensemble

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble

C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.

Louis ARAGON

Receueil_Le fou d'Elsa

Recueil Le Fou d'Elsa_Editions Poésie, Gallimard

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mardi 7 février 2017

...ce sera bien embêtant...

/.../ce que je veux dire, c'est que j’ai beaucoup aimé la vie et que j’ai beaucoup aimé les arts. bien ! maintenant que je suis un peu trop fatigué pour vivre avec les autres, ces anciens sentiments si personnels à moi, que j’ai eus, me semblent, ce qui est la manie de tous les collectionneurs, très précieux. Je m’ouvre à moi-même mon cœur comme une espèce de vitrine, /.../ Et de cette collection à laquelle je suis maintenant plus attaché encore qu'aux autres, je me dis, /.../mais, du reste, sans angoisse aucune, que ce sera bien embêtant de quitter tout cela.

Marcel Proust
extraits "A la recherche du temps perdu"

 A la recherche du temps perdu_Marcel Proust

 Collection Quarto_Gallimard

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lundi 2 janvier 2017

Bonne année

Rosemonde-Gérard

Bonne année à toutes les choses :
Au monde ! A la mer ! Aux forêts !
Bonne année à toutes les roses
Que l'hiver prépare en secret.

Bonne année à tous ceux qui m'aiment
Et qui m'entendent ici-bas ...
Et bonne année aussi , quand même ,
A tous ceux qui ne m'aiment pas.

 Rosemonde Gérard

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mercredi 21 décembre 2016

Il fait froid _Extraits pour Berlin_

Berlin_Marché de Noël

L’hiver blanchit le dur chemin
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main ;
La haine souffle sur ta joie.

La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée…
Ferme ta porte à l’aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !

.../...

Dans ta pensée où tout est beau,
Que rien ne tombe ou ne recule.
Fais de ton amour ton flambeau.
On s’éclaire de ce qui brûle.

A ces démons d’inimitié
Oppose ta douceur sereine,
Et reverse leur en pitié
Tout ce qu’ils t’ont vomi de haine.

La haine, c’est l’hiver du coeur.
Plains-les ! mais garde ton courage.
Garde ton sourire vainqueur ;
Bel arc-en-ciel, sors de l’orage !

.../...

Victor Hugo

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mardi 23 août 2016

Enfance III

Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous
fait rougir.

Il y a une horloge qui ne sonne pas.

Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.

Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.

Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis,
ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.

Il y a une troupe de petits comédiens en costumes,
aperçus sur la route à travers la lisière du bois.

Il y a enfin, quand l'on a faim et soif, quelqu'un qui
vous chasse.

Arthur RIMBAUD
(Illuminations)

                             Editions Garnier-Flammarion  Rimbaud garnier flammarion

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vendredi 19 août 2016

Promenade de Picasso

Sur une assiette bien ronde en porcelaine réelle
une pomme pose
Face à face avec elle
un peintre de la réalité
essaie vainement de peindre
la pomme telle qu’elle est
mais
elle ne se laisse pas faire
la pomme
elle a son mot à dire
et plusieurs tours dans son sac de pomme
la pomme
et la voilà qui tourne
dans une assiette réelle
sournoisement sur elle-même
doucement sans bouger
et comme un duc de Guise qui se déguise en bec de gaz
parce qu’on veut malgré lui lui tirer le portrait
la pomme se déguise en beau fruit déguisé
et c’est alors
que le peintre de la réalité
commence à réaliser
que toutes les apparences de la pomme sont contre lui
et
comme le malheureux indigent
comme le pauvre nécessiteux qui se trouve soudain à la merci de n’importe quelle association bienfaisante
et charitable et redoutable de bienfaisance de charité
et de redoutabilité
le malheureux peintre de la réalité
se trouve soudain alors être la triste proie
d’une innombrable foule d’associations d’idées
Et la pomme en tournant évoque le pommier
le Paradis terrestre et Ève et puis Adam
l’arrosoir l’espalier Parmentier l’escalier
le Canada les Hespérides la Normandie la Reinette et l’Api
le serpent du Jeu de Paume le serment du Jus de Pomme
et le péché originel
et les origines de l’art
et la Suisse avec Guillaume Tell
et même Isaac Newton
plusieurs fois primé à l’Exposition de la Gravitation Universelle
et le peintre étourdi perd de vue son modèle
et s’endort
C’est alors que Picasso
qui passait par là comme il passe partout
chaque jour comme chez lui
voit la pomme et l’assiette et le peintre endormi
Quelle idée de peindre une pomme
dit Picasso
et Picasso mange la pomme
et la pomme lui dit Merci
et Picasso casse l’assiette
et s’en va en souriant
et le peintre arraché à ses songes
comme une dent
se retrouve tout seul devant sa toile inachevée
avec au beau milieu de sa vaisselle brisée
les terrifiants pépins de la réalité.

Jacques PRÉVERT

Collection Le livre de poche Paroles_Jacques Prévert

Publié en 1944 dans la revueLes Cahiers d'Art_1940-1944

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