mardi 16 août 2011

Elle n'en avait pas l'air

Elle n'en avait pas l'air

Elle n'en avait pas l'air. C'est à dire qu'elle souriait souvent, à tout le monde. Alors je me demandais si elle faisait vraiment la différence entre ceux qui le méritaient et ceux qui n'en avaient que faire. Certes bien agréable, son sourire semblait une sorte de clé immuable encourageant la sympathie et, avec le temps et l'habitude, devenait déconcertant.

Elle n'en avait pas l'air. C'est à dire qu'on ne savait pas si elle était confiante, vraiment confiante. Alors je me disais qu'elle ne devait pas trop savoir, dans sa vie bousculée, où se trouvaient, encore, ses vrais alliés et d'où pouvaient venir, encore, ses possibles adversaires.

Or, ce soir de juillet, elle s'est avouée parfaitement capable de trouver d'autres sourires pour nous et, avec une volonté appliquée, nous a écrit, parlé, partagé sa reconnaissance et son amitié. Rien ne l'y obligeait.

Depuis quelques semaines, elle demandait régulièrement nos emplois du temps de fin de semaine Affairée, chez elle, avec ses enfants, travaillant toute la semaine, elle n'avait pas le loisir de s'occuper de nous. J'imaginais que ses questions étaient les preuves de l'intérêt qu'elle voulait nous porter et surtout nous montrer.
Un jour, pourtant, elle insista beaucoup, expliquant que les vacances arrivaient et que nous allions être séparés dans le temps et l'espace. Avant cette trève d'été, elle désirait nous recevoir un soir pour dîner. Aux objections concernant le temps trop court, les frais engendrés, l'organisation difficile elle rétorquait qu'elle pouvait prévoir, que ce serait un dîner modeste et qu'elle y arriverait. Et elle poursuivait en nous parlant de son envie de pouvoir, enfin, nous avoir à sa table, chez elle.

Devant tant d'insistance, rendez vous fut pris pour un vendredi soir à dix neuf heures.
Ce jour là, je lui avais proposé de garder ses enfants un peu plus tard. Elle m'avait dit vouloir rentrer chez elle rapidement après ses heures de travail. Nous lui ramènerions les petits.
Nous avons été retardés par je ne sais quel contre temps et déjà, à dix neuf heures trente, elle s'inquiètait de ne pas nous voir arriver.
Nous avons garé notre voiture pas très loin et continué, à pieds, en suivant la petite rue villeurbannaise, comme en procession: les enfants, leurs parrain et marraine et nous deux. Un code connu nous a ouvert la porte de l'allée. Nous avons gravi les escaliers jusqu'au premier étage, accompagnés par une délicieuse odeur de plat cuisiné flottant dans l'air, puis traversé le long couloir menant à la porte d'entrée; le fumet était de plus en plus présent. C'était bien de chez elle qu'il se dégageait. Nous avons plaisanté sur le fait d'être rassurés, nous allions bien manger...

Quelques petits coups frappés à la porte et voilà notre hôtesse radieuse qui nous ouvre et nous accueille avec un sourire tout neuf: celui d'une satisfaction évidente et un rien de malice.

Nous entrons dans le coquet petit appartement que nous savions déjà bien aménagé mais nous sommes, dès l'entrée, surpris par de nouveaux éléments de décoration disposés avec soin et délicatesse. Le portrait de Grand-mère, suspendu sur le mur gauche du petit corridor, pour nous souhaiter la bienvenue. Grand-mère sera donc avec nous par la pensée. Sa fille en a décidé ainsi, avec tout l'amour qu'elle lui a toujours porté.
En avançant, nous découvrons une vraie table de fête! Le couvert est dressé sur une nappe violette (clin d'oeil à ma couleur préférée) parsemée de petites étoiles brillantes. Le bougeoir, offert par les jeunes marraine et parrain pour Noël, a été placé au centre de la table avec trois bougies rouges (sa couleur préférée) allumées. La lumière est tamisée. Une petite musique de fond est dispensée par la télévision. Les grignotages d'apéritif sont installés deci delà sur la table. Un plaisir des yeux et du coeur. Le respect des convives et une invitation au partage!
Au mur, bordant la table, sont accrochés les portraits de Lui et d' Elle avec toute la volonté de nous montrer leur connivence en cet événement. Elle en a décidé ainsi, avec toute la tendresse qui nous a toujours unit à Lui. Sur un autre mur elle a fixé le petit tableau que nous lui avons offert pour son anniversaire. Elle a acheté quelques fleurs blanches qu'elle a disposées dans un grand vase en verre pour parfaire l'ambiance chaleureuse et faire de cette pièce modeste un espace élégant

Saisis, nous complimentons notre hôtesse dont les yeux brillent de plaisir devant notre surprise. Son sourire se mue en rire franc et je suis contente de la voir ainsi.

Nous sommes debouts autour de la table. Elle se presse vers le réfrigérateur pour ramener une bouteille de champagne Mumm Cordon Rouge, son champagne préféré à Lui. Son sourire explose de plaisir d'entendre nos protestations mêlées à nos compliments sur son attention à tout ce qui peut nous réunir.
Nous nous apprêtons à trinquer quand elle nous arrête et se glisse dans sa chambre, contiguë à la pièce principale. Elle réapparaît avec quatre roses qu'elle tend à chacun de nous avec un sourire timide en expliquant qu'elle avait envie de faire un geste pour nous. Chaque rose a une couleur différente, blanche, ourlée rose, rouge, ourlée orangée. Sur le papier cellophane qui les enveloppe est épinglée une petite carte au recto de laquelle figure une image accompagnée d'une petite phrase d'amitié ciblée pour chacun. Elle a écrit quelques lignes au verso, nous accordant une pensée particulière et affectueuse.

Elle reste silencieuse pendant que nous lisons. Son sourire s'est effacé un peu sous le coup de l'émotion qu'elle vient de provoquer mais il revient vite, lumineux, devant le rire étonné de l'un, le sourire satisfait de l'autre, la tendre constatation de l'une, la débordante émotion de la dernière et pour chacun de nous quatre, cette discrète reconnaissance, affectueuse récompense, ô combien appréciée!

Elle coupe court aux remerciements et nous trinquons, les yeux dans les yeux. Je jette un regard furtif à Lui qui nous regarde, qui serait heureux avec nous et si fier d' Elle!
Elle s'asseoit en bout de table et là, verre à la main, elle commence un discours empreint d'une solennité qu'on ne lui connaissait pas, nous dit avec ferveur et gravité tout ce qu'elle a à nous dire, depuis sans doute longtemps, choisissant ses mots, s'excusant de son mauvais français (qui ne l'est pas) et insistant, répétant, reprenant afin d'éterniser ce moment qu'elle veut très important, beau et sûr, l'imprimer dans nos têtes et nos coeurs afin que jamais nous ne l'oubliions.

Nous l'écoutons, médusés, presque gênés par tant de gratitude avouée et de sentiments révélés, tout en nuances, entre officiel et chaleureux, pudique et courageux. Voilà, elle a fini et se lève, satisfaite. Son sourire est fier mais apaisé. Les nôtres sont intimidés mais heureux.

Mais voilà qu'il n'y a que quatre chaises et nous sommes sept. Qu'à cela ne tienne, elle va manger assise sur le vieux fauteuil dit-elle. Nous nous arrangeons pour qu'elle reste avec nous bien sûr, afin que que nous mangions ensemble; c'est à nous de lui faire comprendre qu'elle a et doit garder sa place parmi nous.
Et arrive le grand moment du repas, le point d'orgue de toute cette grande et minutieuse préparation de générosités: elle nous présente un plat qu'elle a choisi "de son pays", préparé avec ardeur, pour en trouver les ingrédients rares en notre ville, et application, pour le réussir parfaitement, à sa façon. Et commence le vrai partage par cet intime don de soi qu'est la cuisine et ce profond plaisir d'en accepter et d'en déguster les saveurs.

Ce qui nous a fait plaisanté, avant d'arriver, remplit toutes nos espérances; ces mets sont délicieux et les réflexions bigarrées qui les accompagnent nous remplissent, tous, d'allégresse. Une page se tourne, les rôles ont été inversés et nous sentons, tous, que le nouveau chapitre sera celui des échanges généreux et confiants.
Elle aura prévu le café, puisque nous l'aimons. Nous boirons encore le champagne apporté pour arroser les licences réussies des jeunes parrain et marraine. Le couvert levé et la vaisselle propre, nous restons tard dans la soirée. Nous sommes bien dans ce simple petit appartement  devenu, l'espace d'un soir, une immense salle de réception où les plus belles richesses ne se voient pas mais se vivent.

En partant, encore abasourdis d'émotion, nous la remercions avec autant de bonheur qu'il est possible.
Son sourire a la couleur de celui des gens de bien, satisfait, heureux, sûr et confiant, que j'espérais tant. Merci.

Lloassignature16 août An XI, à Valérie et ses deux soleils

 

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vendredi 8 juillet 2011

Douceurs fidèles

Douceurs fidèles

Petit Prince des nuées
Princesse des étoiles
Caramels satinés
Aux regards chocolat
Aux boucles de réglisse
Aux sourires crèmeux
Aux senteurs de mélisse
Deux minuscules feux
De vie et d'avenir
Vous êtes, dans mon coeur,
La chaleur du soupir
Fidèle des douceurs.

...Pour Loeva et Maxime...Lloassignature8 juillet An XI

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mercredi 6 juillet 2011

PlaisirS

La Bretagne est un bras de granit et de landes, « finis terre », où, dans un dernier effort, le continent se jette dans la mer. Genêts battus par les vents, ciels bleus délavés par les tempêtes de Noroît, maisons aux toits d’ardoises, ces écailles de nuages qui ne brillent que sous la pluie, flottilles de bateaux qui rentrent au port dans un tourbillon de mouettes, les cales pleines de sardines.
La cuisine bretonne prend son inspiration à deux sources : la cuisine paysanne de l’intérieur, avec châtaignes et cidre nouveau, fars salés ou sucrés, crêpes de froment ou de blé noir, lait ribot, charcuterie, « fricot » au coin du feu, gibier, truites farios des ruisseaux et des lacs.
Le long des côtes c’est la cuisine des pêcheurs qui domine : poignées de bigorneaux noirs et luisants comme des pierres, palourdes finement striées de bleu et d’ocre, huîtres charnues, maquereaux fuselés comme des flèches d’églises, daurades aux nageoires hérissées. Le noble homard croise l’humble sardine, et l’on y trouve au détour d’un étal quelques trésors bien gardés : ormeaux nacrés, pouces-pieds à l’étrange physionomie, oursins ou couteaux.
La Bretagne c’est aussi la patrie du beurre, dont l’onctuosité demi-sel accompagne coquillages et poissons, viandes, fruits, légumes et desserts.
C’est également une terre où la douceur relative du climat océanique permet de faire pousser de nombreux fruits et légumes : choux-fleurs et artichauts, oignons de Roscoff, haricots cocos de Paimpol, fraises de Plougastel.
Au nord on y boit le cidre des Celtes et le poiré, le « chouchenn », l’hydromel breton ainsi que depuis une dizaine d’années des bières bretonnes issues de brasseries artisanales. Certaines bières présentent la particularité d’être brassées à partir de blé noir..
Au sud on boit le Muscadet et le Gros-Plant nantais, ainsi que des vins de cépage, Gamay, Cabernet, Grolleau gris ou rosé.
Enfin, depuis toujours, la Bretagne est séparée en deux par une ligne verticale à peu près à la hauteur de Vannes. A l’ouest la Bretagne « bretonnante » où l’on parle breton, à l’est le pays Gallo, où l’on parle (parlait) le Gallo, une langue romane distincte du français qui s’est développée dans la région. Gallo veut dire… breton en Gallo.

Extrait de l' Introduction à « Cuisine de Bretagne » de Christophe Certain cuisine_bretonne

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jeudi 30 juin 2011

Norma

marilyn___New_York

Lignes courbes
Et courbée
Dans la pensée humaine
Lignes droites
Et rigides
De l'inhumanité
Au premier plan, le doute
Et l'horizon si bas,
Si noir et si lointain
Femme nature et claire
Spectatrice à son tour
Sombre anéantissement
Des rêves qui dégringolent
Domination discrète
Sourire esquissé
Ou perdition certaine
Dans cette immensité
Se moquer des moutons
Qui se veulent puissants
S'imaginer rapace
Qui surveille ses proies
Ou se laisser manger
En se laissant tomber
Pour les priver de soi
Punition salvatrice
Plus de norme pour Norma
Seule...

Lloassignature30 juin An XI

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vendredi 24 juin 2011

Mal partagé

Mal_partag_

Rivages déchirés
De vagues insoupçonnées
Dune défigurée
De lames déchaînées
Falaise entaillée
De roulis meutriers
Océan fatigué
De tempêtes injustes
Les terres désolées
Se réveillent et se vengent
Blessures insupportées
Se déchaînent en haines
Pour faire de la douleur
Un mal partagé.

Lloassignature24 juin An XI

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jeudi 16 juin 2011

Il a écrit...

plume_6

Ecrire jusqu’au moment où le bonheur d’écrire vous fait douter de votre propre malheur.

George Steiner

 

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mercredi 15 juin 2011

Le coeur du Temps

Le_coeur_du_tempsphoto originale Marie F.

La lumière s'est levée
La Terre s' émerveille
Le Temps s'est avoué
Et la tendresse veille.

Entre ces deux cœurs là
Il y a la route à suivre
Et tout l'honneur de vivre
L'horizon dans les bras.

Entre ces deux regards
L'absolue vérité
Des gloires et des envies.
Sur le fil des hasards
L'inamovible été
Des saisons assouvies.

Dans la claire atmosphère
Des aïeux retrouvés
Le cœur du temps pétille
Rempart fortifié
Pour l'arrière grand-mère
Et l'arrière petite-fille.


Lloassignature15 juin An XI

 

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mardi 14 juin 2011

Il a écrit...

d_fense_de

Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître,
s'il ne transforme sa force en droit, et l'obéissance en devoir.

Jean-Jacques Rousseau

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vendredi 10 juin 2011

Parade

Parade

Comment peut-on fermer
Les portes de nos pleurs

Comment peut-on freiner
Les élans de nos cœurs

Comment peut-on glacer
Nos fidèles chaleurs
Comment peut-on gommer
Nos empreintes bonheurs
Juste pour faire montre
D' être fort ?

Lloassignature10 juin An XI

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mercredi 1 juin 2011

Histoires de bonhommes, ce soir-là...

Histoire de bonhommes ce soir là

Un petit bonhomme, rond et noir de cheveux et de lunettes, gominé et cravaté, mal installé sur un fauteuil isolé, bave sa culture universitaire, régurgite ses savoirs livresques, postillonne ses fantasmes obsédants comme des vérités universelles.
Le petit bonhomme, rouge de joues et de colère, vexé et divaguant, piégé dans sa pensée trop étroite pour nous, s'énerve sur son auditoire, crie son exaspération, vocifère ses insultes comme des mots libérateurs de son tout personnel égarement.

Un grand bonhomme, maigre et gris de cheveux et de costume, bien coiffé et rangé, mal à l'aise entre femme et homme, se moque des propos lucides, dégrade les raisonnements conscients, condamne la pensée d'autrui comme un juge de l'humanité toute entière.
Le grand bonhomme, blanc de figure et de mépris, indigné et délirant, errant dans sa pensée trop confuse pour nous, ordonne à son auditoire, tonne ses remarques, aboie ses critiques comme des mots libérateurs de son tout personnel isolement.

Lloassignature1er juin An XI

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