mercredi 21 octobre 2009

Commune présence

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.


Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

René Char

Le marteau sans maître (Edition José Corti) ren__char

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mardi 20 octobre 2009

Il a écrit...

plume_encrier

N'être pas écouté, ce n'est pas une raison pour se taire.

Victor Hugo

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lundi 19 octobre 2009

Il faut être très patient

- On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. Les hommes n'ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n'existe point de marchands d'amis, les hommes n'ont plus d'amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

- Que faut-il faire? dit le petit prince.

- Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près...

Le lendemain revint le petit prince.

- Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur...

Antoine de Saint Exupéry

Le Petit Prince (Educational Édition) petitprince

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dimanche 18 octobre 2009

Match

Le match vient de commencer…Match de football, cela va sans dire…

 

La maison est pleine à craquer de supporters de tous âges, des deux genres et de toutes conditions, prêts à tout, assis, debout, couchés…Le moindre petit espace de la pièce est occupé. Ils ont bien mangé et bien bu, histoire de prendre des forces avant de se river à l’écran de télévision qui va les transporter sur le champ de leur bataille…

 

Ils attendaient le coup de sifflet qui marque le début de leurs quatre vingt dix minutes préférées. Soucis envolés, préoccupations oubliées, misères effacées devant leurs onze héros, dont un dieu vivant, qui vont courir derrière ce ballon rond et tenter d’être à la hauteur d’une population avide de satisfactions et de gloire, enfin!...

 

C’est parti ! Ils attaquent, anxieux et concentrés, les cigarettes qui traînent sur la table. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le paquet est presque vide et les cendriers presque pleins. Entre chaque bouffée de fumée, ils s’offrent une bière brune qu’ils ingurgitent à une vitesse folle, « à la trompette », sans verre. S’ils pouvaient trouver la bouteille de whisky, qui a été protégée dans un coin reculé de la maison, ils s’accorderaient aussi, sans doute, un petit intermède de cow-boy pour mieux soutenir l’épopée qui se joue sous leurs yeux.

 

Tout près de là, deux bonnes dames grassouillettes se sont endormies sur un canapé, fatiguées par la bière du repas, bercées par les premiers commentaires qui fusent en tous sens, de plus en plus fournis et de plus en plus fort.

 

Il pleut sur le terrain et les joueurs tombent sur la pelouse glissante. Grandes quilles humaines, maculées de boue, ils se relèvent, courent après toujours ce même ballon qui ne veut pas se laisser faire et retombent vaincus à plat ventre et déçus, laissant partir cette petite boule de cuir qui les a mis à bas.

 

Premier but, la maison est en liesse ! Les capsules de bières sautent, on arrose le début de la victoire, les têtes s’affolent et les cœurs battent plus fort. On se calme un peu avec les dernières cigarettes qui restent et on reprend le cours de la bataille.

 

Deuxième but…On hurle ! On applaudit ! Les bières coulent !! A ce train là, il n’y en aura peut être pas assez et la brasserie qui est fermée, pour cause de match, c’est l’angoisse… !

 

Une des deux bonnes dames se réveille et entreprend de vider une valise de présents, qu’on vient de lui apporter, sans se préoccuper le moins du monde du charivari qui l’entoure. Elle déballe les objets, les parfums, les chaussures et autres vêtements, contrariée par ce qu’elle trouve, elle bougonne…

 

La pluie a cessé de tomber …mais les bières ne s’arrêtent pas de couler… !

L’équipe adverse marque un but…On la condamne, on l’insulte…Une chaude ambiance sportive s’installe… !

 

Il reste trois minutes de jeu…Tout le monde est suspendu au sifflet de l’arbitre, le souffle court, la voix brisée, les visages crispés, chacun essaie de contenir sa peur de perdre, comme si leur vie en dépendait, comme si leur honneur …Fin du match, ils ont gagné, tant mieux, on a échappé à la révolution… !

Tout le monde se rassemble pour partir, comme dans un hall de gare, sur un quai de métro aux heures de pointe !

 

Le retour à la vie : un semble très mécontent de ce que la dame a trouvé dans sa valise, pourtant bourrée de cadeaux, il réclame un téléphone pour se plaindre. On refuse de lui donner, ce qui augmente sa mauvaise humeur. Un autre part en boitant (il a glissé en allant se soulager de ses bières) et il lui faut absolument une béquille. Un dernier se demande comment il va faire pour rentrer chez lui sans le sou, si quelqu’un pouvait le dépanner çà l’arrangerait…

L’hôtesse de la maison les accompagne dans la cour, non sans quelques cris contre l’homme du téléphone, remettant hardiment les choses en place quant à l’hospitalité et ses limites.

 

Au beau milieu de toute cette agitation une petite fille mange son gâteau et les regarde avec de grands yeux étonnés…

Et l’écran présente une publicité de …bière !

Tout le monde est parti…

Un petit whisky sur des glaçons…

 

 

 

 

 C’était un match…Match de football cela va sans dire !

avec l'amicale participation, en direct, de Freddo...signature_Lloas 19 octobre an IX 

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mercredi 14 octobre 2009

Une autre société

.../...Je crois de moins en moins à la politique comme l’entendent aujourd’hui les partis. Vous savez que je rêve d’une autre société, pas davantage. Vous espérez réformer celle-ci avec ses propres éléments. Je crois que le rêve d’une société meilleure est fondé sur des principes très différents de ceux qui régissent la société actuelle.../...

 

 George Sand

 

 (Lettre ouverte aux fondateurs du journal d'opposition L’Eclaireur de l’Indre, 1er septembre 1844)

Correspondance Tome VI (Edition Georges Lubin) Correspondance_Sand__dition_georges_lubin_25_tomes_

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dimanche 11 octobre 2009

Les mains d'Or

Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminées muettes, portails verrouillés
Wagons immobiles, tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait  la nuit, de vieux châteaux forts
Bouffés par les ronces, le gel et la mort
Un grand vent glacial fait grincer les dents
Monstre de métal qui va dérivant

J' voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d'or

J' ai passé ma vie là dans ce laminoir
Mes poumons, mon sang et mes colères noires
Horizons barrés là,  les soleils très rares
Comme une tranchée rouge saignée sur l'espoir

On dirait le soir, des navires de guerre
Battus par les vagues, rongés par la mer
Tombés sur le flan, giflés des marées
Vaincus par l'argent,  les monstres d'acier

J' voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d'or

J' peux plus exister là
J' peux plus habiter là
Je sers plus à rien moi
Y a plus rien à faire
Quand je fais plus rien, moi
Je coûte moins cher
Que quand je travaillais, moi
D’après les experts

J' me tuais à produire
Pour gagner des clous
C'est moi qui délire
Ou qui devient fou
J' peux plus exister là
J' peux plus habiter là
Je sers plus à rien  moi
Y a plus rien à faire

J' voudrais travailler encore, travailler encore
Forger l'acier rouge avec mes mains d'or
Travailler encore, travailler encore
Acier rouge et mains d'or...

Mots: Bernard Lavilliers

Musique : Pascal Arroyo_bassiste

Album CD "Arrêt sur image" arr_t_sur_image

ECOUTER... 

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samedi 10 octobre 2009

Le Rive Gauche

le_RiveGauche

Il pleut des cordes…

Deux amoureux s’embrassent

Entre deux parapluies

Une maman poursuit

Son petit à l’abri

Un homme au chapeau cuir

Traverse sans souci

La ménagère tire

Son caddie détrempé

Un jeune homme esseulé

Se blottit sur lui-même

La petite voiture

Brosse le sol inondé

La ville va et vient

Sous les larmes du ciel

Résistante et pressée.

Je revois tous ces soirs

Où l’on venait vite boire

Un petit réconfort

Pour effacer les troubles

D’une journée laborieuse

Avec toute l’inconscience

Du temps qui est passé

Des tâches accomplies

Pudiquement sincères

Sans vaines ambitions

Sans doutes désastreux

Sans discussions stériles

Sans culpabilité

S’arrêter un moment

Le temps de boire un verre

De retrouver la joie

Tout simplement contents

D’une journée qui finit

Qu’importait les soucis

Les rôles de chacun

On était bien ensemble

Tout le monde y puisait

La force du lendemain

Celle de recommencer

Un jour et puis un autre

Et puis d’en être fiers

Lucides et souriants

Satisfaits et sereins.

...A la mémoire de "Lulu"... signature_Lloas 10 octobre an IX

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mercredi 7 octobre 2009

"des bouchons"...comme on disait

Le collège. – Il donnait, comme tous les collèges, comme toutes les prisons, sur une rue obscure, mais qui n’était pas loin du Martouret, le Martouret, notre grande place, où étaient la mairie, le marché aux fruits ; le marché aux fleurs, le rendez-vous de tous les polissons, la gaieté de la ville. Puis le bout de cette rue était bruyant, il y avait des cabarets, « des bouchons », comme on disait, avec un trognon d’arbre, un paquet de branches, pour servir d’enseigne. Il sortait de ces bouchons un bruit de querelles, un goût de vin qui me montait au cerveau, m’irritait les sens et me faisait plus joyeux et plus fort.
Ce goût de vin ! – la bonne odeur des caves ! – j’en ai encore le nez qui bat et la poitrine qui se gonfle.
Les buveurs faisaient tapage ; ils avaient l’air sans souci, bons vivants, avec des rubans à leur fouet et des agréments pleins leur blouse – ils criaient, topaient en jurant, pour des ventes de cochons ou de vaches.
Encore un bouchon qui saute, un rire qui éclate, et les bouteilles trinquent du ventre dans les doigts du cabaretier ! Le soleil jette de l’or dans les verres, il allume un bouton sur cette veste, il cuit un tas de mouches dans ce coin. Le cabaret crie, embaume, empeste, fume et bourdonne.
À deux minutes de là, le collège moisit, sue l’ennui et pue l’encre ; les gens qui entrent, ceux qui sortent éteignent leur regard, leur voix, leur pas, pour ne pas blesser la discipline, troubler le silence, déranger l’étude.

Quelle odeur de vieux !...

Jules Vallès

 L'enfant (Editions Livre de poche)l_enfant_jules_vall_s

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mardi 6 octobre 2009

L'aigle noir

Un beau jour, ou peut-être une nuit,
Près d'un lac je m'étais endormie,
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir,

Lentement, les ailes déployées,
Lentement, je le vis tournoyer,
Près de moi, dans un bruissement d'ailes,
Comme tombé du ciel,
L'oiseau vint se poser,

Il avait les yeux couleur rubis,
Et des plumes couleur de la nuit,
A son front brillant de mille feux,
L'oiseau roi couronné,
Portait un diamant bleu,

De son bec il a touché ma joue,
Dans ma main il a glissé son cou,
C'est alors que je l'ai reconnu,
Surgissant du passé,
Il m'était revenu,

Dis l'oiseau, ô dis, emmène-moi,
Retournons au pays d'autrefois,
Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Pour cueillir en tremblant,
Des étoiles, des étoiles,

Comme avant, dans mes rêves d'enfant,
Comme avant, sur un nuage blanc,
Comme avant, allumer le soleil,
Etre faiseur de pluie,
Et faire des merveilles,

L'aigle noir dans un bruissement d'ailes,
Prit son vol pour regagner le ciel…

Un beau jour, ou peut-être une nuit,
Près d'un lac, je m'étais endormie,
Quand soudain, semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,
Surgit un aigle noir,

Un beau jour, ou était-ce une nuit,
Près d'un lac je m’étais endormie,
Quand soudain,

Semblant crever le ciel,
Et venant de nulle part,

Surgit un aigle noir...

 

Un beau jour, une nuit,
Près d'un lac, endormie,
Quand soudain…

Surgissant de nulle part
Surgit un aigle noir,

 

Un beau jour, une nuit

Près d’un lac, endormie

Quand soudain…

Il venait de nulle part

Il surgit l’aigle noir

 

Un beau jour, une nuit

Près d’un lac, endormie…

Il venait de nulle part

Il surgit l’aigle noir…

Mots et musique

 

Barbara

Album CD "Barbara" master série"

Barbara_Master série CD

 

 

 

 

Ecouter_ Cliquer droit_ Ouvrir le lien  dans un nouvel onglet : http://www.deezer.com/album/240569

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lundi 5 octobre 2009

L'accusé

L'accusé

Ne plus cesser de rire

Devant la fière bêtise

D’un monde abominable

Où l’argent essuie tout

Même les pires hontes

Mêmes les pires souffrances

Même les pires délits.

Pardonner si l’on peut

D’un jet de cœur meurtri

D’un geste surhumain

D’un cri venu du fond

De l'âme déchirée...

Mais donner à signer

Une protestation

Belle allure a le monde!

 

Mais crier au scandale

De la froide justice

Belle conscience a le monde!

 

Mais excuser les troubles

De l'homme sans respect

Bel élan a le monde!

 

Mais prendre fait et cause

Pour l'irrespectueux

Bel exemple est le monde!

 

Parce qu’il est magnifique

L’accusé...!

Parce qu'il a  fait frémir

Les yeux et les oreilles

De leurs ennuis

Serait-il intouchable

L'artiste fortuné...?

 

Effacer son passé

Le laisser en suspend

Peser le pour, le contre

Quand les prisons sont pleines

D'accusés comme lui

Mais pauvres et inconnus.

 

Ne plus cesser de rire

A pleurer la bêtise

D’un monde insoutenable

Où l’art est alibi…

signature_Lloas 5 Octobre an IX

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