Photos liées au tag 'BRASSENS'

Voir toutes les photos
mercredi 16 novembre 2016

La ballade des gens qui sont nés quelque part

Georges Brassens

Cliquer sur l'image pour écouter

C'est vrai qu'ils sont plaisants, tous ces petits villages,
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages,
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est d'être habités.
Et c'est d'être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts,
La race des chauvins, des porteurs de cocardes,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher,
Qui vous montrent leurs tours, leurs musées, leur mairie,
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher.
Qu'ils sortent de Paris, ou de Rome, ou de Sète,
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar,
Ou même de Montcuq, ils s'en flattent mazette,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.

Le sable dans lequel, douillettes, leurs autruches
Enfouissent la tête, on trouve pas plus fin,
Quant à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches,
Leurs bulles de savon, c'est du souffle divin.
Et, petit à petit, les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux, même en bois, rend jaloux tout le monde,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.

C'est pas un lieu commun celui de leur naissance,
Ils plaignent de tout coeur les pauvres malchanceux,
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence,
La présence d'esprit de voir le jour chez eux.
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire,
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares,
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.

Mon dieu, qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si l'on n'y rencontrait cette race incongrue,
Cette race importune et qui partout foisonne :
La race des gens du terroir, des gens du cru.
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant ces jobards,
Preuve, peut-être bien, de votre inexistence :
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part,
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part.
Mots et Musique : Georges Brassens

Posté par Lloas à 11:52 - - Permalien [#]
Tags :


dimanche 7 février 2016

Pensée des morts

Lamartine_Brassens

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon
Voilà l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.

C'est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants
Ils tombent alors par mille
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
À l'approche des hivers.

C'est alors que ma paupière
Vous vit palir et mourir
Tendres fruits qu'à la lumière
Dieu n'a pas laissé murir
Quoique jeune sur la terre
Je suis dejà solitaire
Parmi ceux de ma saison
Et quand je dis en moi-même
"Où sont ceux que ton coeur aime?"
Je regarde le gazon.

C'est un ami de l'enfance
Qu'aux jours sombres du malheur
Nous prêta la providence
Pour appuyer notre coeur
Il n'est plus : notre âme est veuve
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié
"Ami si ton âme est pleine
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié?"

C'est une jeune fiancée
Qui, le front ceint du bandeau
N'emporta qu'une pensée
De sa jeunesse au tombeau
Triste, hélas ! dans le ciel même
Pour revoir celui qu'elle aime
Elle revient sur ses pas
Et lui dit : "Ma tombe est verte!
Sur cette terre déserte
Qu'attends-tu? Je n'y suis pas!"

C'est l'ombre pâle d'un père
Qui mourut en nous nommant
C'est une soeur, c'est un frère
Qui nous devance un moment
Tous ceux enfin dont la vie
Un jour ou l'autre ravie,
Enporte une part de nous
 Semblent dire sous la pierre
"Vous qui voyez la lumière
De nous vous souvenez vous?"

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon
Voilà l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.

Mots:  Alphonse de Lamartine

Musique: Georges Brassens

 

Georges Brassens volume 10

Pour écouter

Posté par Lloas à 10:35 - - Permalien [#]
Tags : , ,

lundi 21 septembre 2015

Les philistins

Jean Richepin

Philistins, épiciers
Tandis que vous caressiez
Vos femmes

En songeant aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent

Vous pensiez : " Ils seront
Menton rasé, ventre rond
Notaires "

Mais pour bien vous punir
Un jour vous voyez venir
Sur terre

Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes...

NB: philistin (sens littéraire): personne d'esprit fermé aux lettres, aux arts, aux nouveautés (dictionnaire Larousse)

Mots
(titre original: Chanson des cloches de baptême)
Jean Richepin La chanson des gueux, 1876

  Adaptation du texte et musique Georges Brassens

 

La chanson des gueux (Edition Librairie  illustrée) 01248
Album CD 32 versions originales "La mauvaise réputation" brassens original

Cliquer droit_Ouvrir le lien  dans un nouvel onglet_pour écouter: http://www.deezer.com/track/14231307

Posté par Lloas à 09:57 - - Permalien [#]
Tags : ,

mercredi 14 janvier 2015

Mourir pour des idées

Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois


Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente


Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

 
Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté

"Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"

 
Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

 
Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

 
O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!

Mourons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Licence et autorisation données par LyricFind
© Universal Music Publishing Group
Mots et musique


Posté par Lloas à 07:56 - - Permalien [#]
Tags :

lundi 26 décembre 2011

Le Père Noël et la petite fille

Avec sa hotte sur le dos,
Avec sa hotte sur le dos,
Il s'en venait d'Eldorado,
Il s'en venait d'Eldorado,
Il avait une barbe blanche,
Il avait nom « Papa Gâteau »,

Il a mis du pain sur ta planche,
Il a mis les mains sur tes hanches.

Il t'a promenée dans un landau,
Il t'a promenée dans un landau,
En route pour la vie de château,
En route pour la vie de château,
La belle vie dorée sur tranche,
Il te l'offrit sur un plateau.

Il a mis du grain dans ta grange,
Il a mis les mains sur tes hanches.

Toi qui n'avais rien sur le dos,
Toi qui n'avais rien sur le dos,
Il t'a couverte de manteaux,
Il t'a couverte de manteaux,
Il t'a vêtue comme un dimanche,
Tu n'auras pas froid de sitôt.

Il a mis l'hermine à ta manche,
Il a mis les mains sur tes hanches.

Tous les camées, tous les émaux,
Tous les camées, tous les émaux,
Il les fit pendre à tes rameaux,
Il les fit pendre à tes rameaux,
Il fit rouler en avalanche
Perles et rubis dans tes sabots.

Il a mis de l'or à ta branche,
Il a mis les mains sur tes hanches.

Tire la belle, tire le rideau,
Tire la belle, tire le rideau,
Sur tes misères de tantôt,
Sur tes misères de tantôt,
Et qu'au-dehors il pleuve, il vente,
Le mauvais temps n'est plus ton lot,

Le joli temps des coudées franches...
On a mis les mains sur tes hanches.

Mots et musique

Georges Brassens

Album CD 32 versions originales "La mauvaise réputation" brassens original

Cliquer droit_Ouvrir le lien  dans un nouvel onglet_pour écouter: http://www.deezer.com/listen-14231296

Posté par Lloas à 10:36 - - Permalien [#]
Tags :


jeudi 3 novembre 2011

"C'est un modeste"

Sur cette Terre soumise
Aux affres des puissants
Dissimulateurs couards
De leurs revers prospères

Dans ce Pays charmant
Qui se vend et se perd
Sous les phares délusoires
Des espoirs démunis

Ils veulent faire de Toi
L'idéal immobile
Et glorieux des possibles

Toi, qui parles aux étoiles
Et fais rêver la lune
Poète des grands soirs
Enchantés de musique

Toi, qui fais rire les anges
De tes jurons coquins
Troubadour des nuages
Revigorés de mots

Conteur facétieux
Qui n'a pas peur de dire
Ménestrel conséquent
Pour l'oreille qui entend

Ami des fraternels
Aux repas partagés
Aux Jeannes des cités

Défendant l' inconnu
Pourvu qu'il soit affable
Cet Auvergnat des rues

Amoureux des princesses
Aux robes déchirées
Aux Grâces Roturières

Fidèle aux plus petits
Aux sans grade oubliés
A ces Pauvres Martins

Craignant la solitude
Des parvenus sans âme
Et sans Mât de Cocagne

Déplorant tendrement
Ces sacrifices vains
Des Oncles patriotes

Marchant droit devant lui
Sans le Clairon Qui Sonne
Ni la Musique Au Pas

Se gaussant de la loi
Quand elle mène à la corde
Pour un Juge En Bois Brut

Pudiquement païen
Par cette Marguerite
Au scandale inventé

Boudant les infamies
Des Grossiers Appétits
Et des Gros Dégueulasses

Remplissant nos mémoires
Du rythme généreux
Valsé du Vieux Léon
De Rondes en Complaintes
De Ballades en Supplique

Toi, qui semblais savoir
Où était la limite
Des Hommes et de leurs actes
Le Temps ne Faisant Rien
A l'Affaire disais-tu

Mais Toi, qui les voulais
Humains libres et honnêtes
Responsables et dignes
Modestes et heureux
Ils vont figer ton âme
Dans une statue de pierre...

Et là je sais que tu
Leur Donnes Ton Billet
Qu'ils n'ont rien compris...

Lloassignature 3 novembre An XI, à Georges Brassens                

Brassens_2 Photo Archives AFP

Pour l'aide textuelle précise et précieuse, merci à

http://brassens.pagesperso-orange.fr/index.html

Posté par Lloas à 18:01 - - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 19 mai 2011

Les oiseaux de passage

Ô vie heureuse des bourgeois
Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle,
Ils sont fiers et contents.

Ce pigeon est aimé,
Trois jours, par sa pigeonne
Ça lui suffit il sait
Que l'amour n'a qu'un temps.

Ce dindon a toujours
Béni sa destinée
Et quand vient le moment
De mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs
C'est là que je suis née
Je meurs près de ma mère
Et j'ai fait mon devoir.

Elle a fait son devoir
C'est a dire que onques
Elle n'eut de souhait
Impossible elle n'eut

Aucun rêve de lune
Aucun désir de jonque
L'emportant sans rameur
Sur un fleuve inconnu.

Et tous sont ainsi faits
Vivre la même vie
Toujours pour ces gens là
Cela n'est point hideux

Ce canard n'a qu'un bec
Et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir
Ou bien d'en avoir deux

Ils n'ont aucun besoin
De baiser sur les lèvres
Et loin des songes vains
Loin des soucis cuisants

Possèdent pour tout coeur
Un vicere sans fièvre
Un coucou régulier
Et garanti dix ans.

Ô les gens bien heureux
Tout à coup dans l'espace
Si haut qu'ils semblent aller
Lentement un grand vol

En forme de triangle
Arrive, plane et passe
Où vont ils? ... qui sont-ils ?
Comme ils sont loins du sol.

Regardez les passer, eux
Ce sont les sauvages
Ils vont où leur desir
Le veut par dessus monts

Et bois, et mers, et vents
Et loin des esclavages
L'air qu'ils boivent
Ferait éclater vos poumons

Regardez les avant
D'atteindre sa chimère
Plus d'un l'aile rompue
Et du sang plein les yeux

Mourra. Ces pauvres gens
Ont aussi femme et mère
Et savent les aimer
Aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme
Et nourrir cette mère
Ils pouvaient devenir
Volailles comme vous

Mais ils sont avant tout
Des fils de la chimère
Des assoiffés d'azur
Des poètes des fous.

Regardez-les vieux coqs
Jeune Oie édifiante
Rien de vous ne pourra
monter aussi haut qu'eux

Et le peu qui viendra
d'eux à vous
C'est leur fiante
Les bourgeois sont troublés
De voir passer les gueux

Regardez-les vieux coqs
Jeune Oie édifiante
Rien de vous ne pourra
monter aussi haut qu'eux

Et le peu qui viendra
d'eux à vous
C'est leur fiante
Les bourgeois sont troublés
De voir passer les gueux.

Mots
Jean Richepin La chanson des gueux, 1876

  musique Georges Brassens

La chanson des gueux (Edition Librairie  illustrée) 01248 Album CD " La religieuse ""La_Religieuse_cover_s200

Cliquer droit_Ouvrir le lien dans un nouvel onglet_pourécouter: http://www.deezer.com/listen-917389

Posté par Lloas à 11:49 - - Permalien [#]
Tags :

vendredi 23 avril 2010

Le gorille...universel

C'est à travers de larges grilles,
Que les femelles du canton,
Contemplaient un puissant gorille,
Sans souci du qu'en-dira-t-on;
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement ma mère
M'a défendu dénommer ici...
Gare au gorille!...

Tout à coup, la prise bien close,
Où vivait le bel animal,
S'ouvre on ne sait pourquoi (je suppose
Qu'on avait du la fermer mal);
Le singe, en sortant de sa cage
Dit "c'est aujourd'hui que je le perds!"
Il parlait de son pucelage,
Vous avez deviné, j'espère!
Gare au gorille!...

Le patron de la ménagerie
Criait, éperdu: "Nom de nom!
C'est assommant car le gorille
N'a jamais connu de guenon!"
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau,
Au lieu de profiter de la chance
Elle fit feu des deux fuseaux!
Gare au gorille!...

Celles là même qui, naguère,
Le couvaient d'un oeil décidé,
Fuirent, prouvant qu'elles n'avaient guère
De la suite dans les idées;
D'autant plus vaine était leur crainte,
Que le gorille est un luron
Supérieur à l'homme dans l'étreinte,
Bien des femmes vous le diront!
Gare au gorille!...

Tout le monde se précipite
Hors d'atteinte du singe en rut,
Sauf une vielle décrépite
Et un jeune juge en bois brut;
Voyant que toutes se dérobent,
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vielle et du magistrat!
Gare au gorille!...

"Bah! soupirait la centaire,
Qu'on puisse encore me désirer,
Ce serait extraordinaire,
Et, pour tout dire, inespéré!"
Le juge pensait, impassible,
"Qu'on me prenne pour une guenon,
C'est complètement impossible..."
La suite lui prouva que non!
Gare au gorille!...

Supposez que l'un de vous puisse être,
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre,
Lequel choisirait-il des deux?
Qu'une alternative pareille,
Un de ces quatres jours, m'échoie,
C'est, j'en suis convaincu, la vielle
Qui sera l'objet de mon choix!
Gare au gorille!...

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l'amour vaut son prix,
On sait qu'en revanche il ne brille
Ni par le goût, ni par l'esprit.
Lors, au lieu d'opter pour la vielle,
Comme aurait fait n'importe qui,
Il saisit le juge à l'oreille
Et l'entraîna dans un maquis!
Gare au gorille!...

La suite serait délectable,
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c'est regrettable,
Ça nous aurait fait rire un peu;
Car le juge, au moment suprême,
Criait: "Maman!", pleurait beaucoup,
Comme l'homme auquel, le jour même,
Il avait fait trancher le cou.
Gare au gorille!...

Mots et musique

 Georges Brassens

Album CD "Brassens en Afrique" Brassens_en_Afrique1

Cliquer droit_Ouvrir le lien dans un nouvel onglet_pour écouter: http://www.deezer.com/listen-2734088

Posté par Lloas à 12:49 - Permalien [#]
Tags : ,

samedi 31 octobre 2009

La rose, la bouteille et la poignée de main

Cette rose avait glissé de
La gerbe qu'un héros gâteux
Portait au monument aux Morts.

Comme tous les gens levaient leurs
Yeux pour voir hisser les couleurs,
Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route et m'en allai quérir,
Au p'tit bonheur la chance, un corsage à fleurir.
Car c'est une des pires perversions qui soient
Que de garder une rose par-devers soi.

La première à qui je l'offris
Tourna la tête avec mépris,
La deuxième s'enfuit et court
Encore en criant "Au secours! "
Si la troisième m'a donné
Un coup d'ombrelle sur le nez,
La quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête d'un agent.

Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Fleurir de belles inconnues.
On est tombé bien bas, bien bas...
Et ce pauvre petit bouton
De rose a fleuri le veston
D'un vague chien de commissaire,
Quelle misère!

Cette bouteille était tombée
De la soutane d'un abbé
Sortant de la messe ivre mort.

Une bouteille de vin fin
Millésimé, béni, divin,
Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route en cherchant, plein d'espoir,
Un brave gosier sec pour m'aider à la boire.
Car c'est une des pires perversions qui soient
Que de garder du vin béni par-devers soi.

Le premier refusa mon verre
En me lorgnant d'un œil sévère,
Le deuxième m'a dit, railleur,
De m'en aller cuver ailleurs.
Si le troisième, sans retard,
Au nez m'a jeté le nectar,
Le quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête, d'un agent.

Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Trinquer avec des inconnus.
On est tombé bien bas, bien bas...
Avec la bouteille de vin fin
Millésimé, béni, divin,
Les flics se sont rincé la dalle,
Un vrai scandale!

Cette pauvre poignée de main
Gisait, oubliée, en chemin,
Par deux amis fâchés à mort.

Quelque peu décontenancée,
Elle était là, dans le fossé.
Je la recueillis sans remords.

Et je repris ma route avec l'intention
De faire circuler la virile effusion,
Car c'est une des pires perversions qui soient
Qu' de garder une poignée de main par-devers soi.

Le premier m'a dit: "Fous le camp !
J'aurais peur de salir mes gants."
Le deuxième, d'un air dévot,
Me donna cent sous, d'ailleurs faux.
Si le troisième, ours mal léché,
Dans ma main tendue a craché,
Le quatrième, c'est plus méchant,
Se mit en quête d'un agent.

Car, aujourd'hui, c'est saugrenu,
Sans être louche, on ne peut pas
Serrer la main des inconnus.
On est tombé bien bas, bien bas...
Et la pauvre poignée de main,
Victime d'un sort inhumain,
Alla terminer sa carrière
A la fourrière!

Mots et musique

Georges Brassens

Album CD "La religieuse" (vol 10)brassens_la_religieuse_vol_10

Cliquer droit_ouvrir le lien dans un nouvel onglet_pour écouter: http://www.deezer.comwww.deezer.com/listen-917425

Posté par Lloas à 11:40 - - Permalien [#]
Tags :

jeudi 2 avril 2009

La visite

On n'était pas des Barbe-Bleue

Ni des pelés, ni des galeux,

Porteurs de parasites.

On n'était pas des spadassins,

On venait du pays voisin,

On venait en visite.

 

On n'avait aucune intention

De razzia, de dépradation,

Aucun but illicite,

On venait pas piller chez eux,

On venait pas gober leurs œufs,

On venait en visite.

 

On poussait pas des cris d'indiens,

On avançait avec maintien

Et d'un pas qui hésite.

On braquait pas des revolvers,

On arrivait les bras ouverts,

On venait en visite.

 

Mais ils sont rentrés dans leurs trous,

Mais ils ont poussé les verrous

Dans un accord tacite.

Ils ont fermé les contrevents,

Caché les femmes, les enfants,

Refusé la visite.

 

On venait pas les sermonner,

Tenter de les endoctriner,

Pas leur prendre leur site.

On venait leur dire en passant,

Un petit bonjour innocent,

On venait en visite.

 

On venait pour se présenter,

On venait pour les fréquenter,

Pour qu'ils nous plébiscitent,

Dans l'espérance d'être admis

Et natularisés amis,

On venait en visite.

 

Par malchance, ils n'ont pas voulu

De notre amitié superflue

Que rien ne nécessite.

Et l'on a refermé nos mains,

Et l'on a rebroussé chemin,

Suspendu la visite,

Suspendu la visite.

Mots et musique

Georges Brassens

brassens

Chansons d'aujourd'hui (Edition Seghers)

Album CD "Don Juan" (vol.12) 0731458635529

Cliquer droit_ouvrir le lien dans un nouvel onglet_pour écouter: http://www.deezer.com/listen-2262659

Posté par Lloas à 16:29 - - Permalien [#]
Tags :