mardi 7 février 2017

...ce sera bien embêtant...

/.../ce que je veux dire, c'est que j’ai beaucoup aimé la vie et que j’ai beaucoup aimé les arts. bien ! maintenant que je suis un peu trop fatigué pour vivre avec les autres, ces anciens sentiments si personnels à moi, que j’ai eus, me semblent, ce qui est la manie de tous les collectionneurs, très précieux. Je m’ouvre à moi-même mon cœur comme une espèce de vitrine, /.../ Et de cette collection à laquelle je suis maintenant plus attaché encore qu'aux autres, je me dis, /.../mais, du reste, sans angoisse aucune, que ce sera bien embêtant de quitter tout cela.

Marcel Proust
extraits "A la recherche du temps perdu"

 A la recherche du temps perdu_Marcel Proust

 Collection Quarto_Gallimard

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mardi 7 avril 2015

La petite madeleine de Proust...

Autrefois, il n'y a pas si longtemps au fond, les classes se terminaient le samedi après-midi à quatre heures et demie; Naturellement, on aurait dû dire seize heures trente... mais , à cette époque le temps était différemment perçu qu'il l'est de nos jours

/.../ Il y avait "la lecture du samedi après-midi"
/.../ Le maître ou la maîtresse s'éclaircissait la voix; le silence se faisait, même du côté des plus bavards, et le temps semblait alors suspendu. Suivant les saisons, on pouvait entendre tomber la pluie, la neige ou voler une mouche! (avant-propos_Albine Novarino)

Lecture

Et dès que j'eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique que je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était ma chambre, vint comme un décor de théâtre s'appliquer au petit pavillon donnant sur le jardin, qu'on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j'avais revu jusque là); et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu'au soir et par tous les temps, la Place où l'on m'envoyait avant déjeuner, les rues où j'allais faire les courses, les chemins que l'on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés, s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M.Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.

Marcel Proust
Du côté de chez Swann (1913)

Carnet de lectures (Editions De Borée)carnet de lectures

Merci, à mes enfants, Constance et Jordan, pour ce cadeau....

 

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mardi 20 avril 2010

Il a écrit...

bars_et_restaurants_athenes_grece_N_B

L'absence n'est-elle pas, pour qui aime, la plus certaine, la plus efficace, la plus vivace, la plus indestructible, la plus fidèle des présences ?

Marcel Proust

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jeudi 16 avril 2009

Ma seule consolation...

"Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux. Il annonçait celui qui allait le suivre, où elle m'aurait quitté, où elle serait redescendue. De sorte que ce bonsoir que j'aimais tant, j'en arrivais à souhaiter qu'il vînt le plus tard possible, à ce que se prolongeât le temps de répit où maman n'était pas encore venue. Quelquefois quand, après m'avoir embrassé, elle ouvrait ma porte pour partir, je voulais la rappeler, lui dire " embrasse-moi une fois encore " , mais je savais qu'aussitôt elle aurait son visage fâché, car la concession qu'elle faisait à ma tristesse et à mon agitation en montant m'embrasser, en m'apportant ce baiser de paix, agaçait mon père qui trouvait ces rites absurdes, et elle eût voulu tâcher de m'en faire perdre le besoin, l'habitude, bien loin de me laisser prendre celle de lui demander quand elle était déjà sur le pas de la porte, un baiser de plus. Or la voir fâchée détruisait tout le calme qu’elle m'avait apporté un instant avant, quand elle avait penché vers mon lit sa figure aimante, et me l'avait tendue comme une hostie pour une communion de paix où mes lèvres puiseraient sa présence réelle et le pouvoir de m'endormir. Mais ces soirs-là où maman en somme restait si peu de temps dans ma chambre, étaient doux encore en comparaison de ceux où il y avait du monde à dîner et où, à cause de cela, elle ne montait pas me dire bonsoir.... " 

Marcel Proust   

Du côté de chez Swann (Editions Livre de poche) proust_du_cote_de_chez_swann_1187683917

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