mardi 12 juillet 2016

Les menus bonheurs...

La vie était encore possible pourvu que le temps pût couler sur ses plaies. La vie et tout ce qu'elle portait en elle de menus bonheurs: un parfum de fumée de bois, la chaleur des draps passés à la bassinoire, une lumière fraîche de printemps, des merveilles qui fondent dans la bouche, des gouttes de rosée dans la transparence de l'aube, le goût des prunes chaudes, celui des premières cerises, des raisins éclatés sous la dent...Fallait-il perdre à tout jamais ces infimes et merveilleux trésors qui illuminent l'existence? (.../...) Elle recula, fit demi-tour, s'éloigna du quai...

Christian SIGNOL

"La rivière espérance" (Editions Pocket) La rivière espérance_Christian Signol

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vendredi 27 mars 2009

C'était trop de bonheur...

.../...

     -   Peuh ! Il ne sait pas plus lire que nous.

En effet, ni elle, ni ses frères, ni bien sûr ses parents n’avaient un jour mis les pieds dans une école.

…/…

-    J’irai bientôt à l’école, moi, dit-elle.

-   Çà ne sert à rien, l’école, assura Abel.-    On y apprend à lire les lettres.

-    Pourquoi apprendre puisqu’il y en a qui savent ?

-   C’est mieux de le faire soi même surtout s’il s’agit d’une lettre d’amoureux ! prétendit Philomène.

La mère avait réfléchi, suggéré à mi-voix :

-   Il faudrait envoyer la petite à l’école, Guillaume, je suis sûre que çà arrangerait bien des choses.

…/…

Il y avait eu un long silence…

…/…

     - Tu as peut-être raison.

…/…

     - Eh bien c’est entendu.

…/…

puis elle s’était perdue au fond de ses rêves, s’imaginant à l’école, un livre devant elle, récitant avec facilité des lettres et des mots, ceux des missives d’Etienne et ceux qu’elle lirait plus tard, quand, devenue femme, on viendrait

la trouver avec respect et déférence.

…/…

Et c’est avec un transport de fierté qu’elle avait dit à son frère au bout d’une centaine de mètres :

- J’irai à l’école bientôt !

- Qui te l’a dit ?

- J’ai entendu les parents, hier soir.

…/…

Philomène n’allait toujours pas à l’école. Au dernier moment le père avait refusé malgré les promesses faites à la mère…

- Attendons encore un peu, avait-il décidé.

…/…

Philomène, pour sa part, s’était résignée sans mot dire, contente, malgré tout,

de vivre désormais avec la certitude de savoir un jour lire et écrire.

…/…

    - Tenez, fit le curé se levant brusquement, venez donc visiter notre école.

…/…

Philomène, penchant légèrement le buste en avant, aperçut une douzaine de fillettes assises sur des bancs, derrière des tables au bois poli où dépassait¸ au milieu, un encrier de faïence blanche. Face à elles, sur un tableau noir, une main savante avait tracé des mots mystérieux.

…/…

Comme à chaque lettre,……..Et chaque fois, il fallait aller demander au maître de lire, raconter après, c’était humiliant et cela devenait insupportable au père.

…/….

    - Tu veux vraiment y aller,  à l’école ?

    - Oh oui ! père, je voudrais tant.

    - Tu iras demain. Comme çà, au moins Delaval ne pourra plus lire nos lettres. C’est toi qui le remplaceras.

…/…

C’était trop de bonheur,…l’école, et bientôt elle lirait les lettres de son frère devant la famille assemblée. Quelle fierté, pour elle comme pour ses parents.

Christian Signol

 

 

 

Les cailloux bleus (Editions Pocket) 9782266152013

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