" le résumé d'une cathédrale"
L’arbre apparaissait extraordinaire, vieux de plusieurs siècles, maquillé par combien de saisons accumulées, bronzé par cent tonnerres. L’écorce en était rugueuse, épaisse, comme minérale. On aurait dit un tronc découpé dans un rocher.
D’indéfinies et d’inextricables branches sortaient de ce tronc, s’engendraient l’une de l’autre, se multipliaient sans cesse. L’architecture en était merveilleuse. C’était comme le résumé d’une cathédrale : le tronc montait en haut pilier ; le feuillage déployait sa voûte ; les rameaux se courbaient en ogives ; entre les branches, le ciel s’intercalait, comme un vitrail entre des meneaux de pierre ; cependant que toutes les feuilles remuaient ainsi que des lèvres, faisaient leur bruit de foule tassée et priante.
Avec Jean de La Fontaine...
Les deux mulets
Deux Mulets cheminaient ; l'un d'avoine chargé ;
L'autre portant l'argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette ;
Quand, l'ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l'argent,
Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein, et l'arrête.
Le Mulet, en se défendant,
Se sent percé de coups, il gémit, il soupire :
Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis ?
Ce Mulet qui me suit du danger se retire ;
Et moi j'y tombe, et je péris.
Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi :
Si tu n'avais servi qu'un Meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade.
source: http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/fables.htm
Le vieillard et l'âne
Un Vieillard sur son Ane aperçut en passant
Un pré plein d'herbe et fleurissant :
Il y lâche sa Bête, et le Grison se rue
Au travers de l'herbe menue,
Se vautrant, grattant, et frottant,
Gambadant, chantant et broutant,
Et faisant mainte place nette.
L'ennemi vient sur l'entrefaite.
Fuyons, dit alors le Vieillard.
Pourquoi ? répondit le Paillard.
Me fera-t-on porter double bât, double charge ?
Non pas, dit le Vieillard, qui prit d'abord le large.
Et que m'importe donc, dit l'Ane, à qui je sois ?
Sauvez-vous, et me laissez paître :
Notre ennemi, c'est notre maître :
Je vous le dis en bon françois.
Merci à MM pour m'avoir fait connaître "Le vieillard et l'âne"...
Fleur fanée
Une fleur qui se meurt
N'est pas triste d'adieu
Elle détient la couleur
D'un présent camaïeu
La teinte se ternit
Mais le parfum subsiste
Les nuances s'oublient
Dans l'âme qui persiste
Ses pétales vieillies
Racontent le passé
De cet instant béni
Où la main a donné
Elle enferme l'élan
Et offre le bonheur
De ce fidèle instant
De rencontre des coeurs.





