Je ne connais qu'une chose que l'on fasse très bien à Lyon, on y mange admirablement, et, selon moi, mieux qu'à Paris. Les légumes surtout y sont divinement apprêtés. A londres, j'ai appris que l'on cultive vingt-deux espèces de pommes de terre; à Lyon, j'ai vu vingt-deux manières différentes de les apprêter, et douze au moins de ces manières sont inconnues à Paris.
A l'un de mes voyages, M. Robert, de Milan, négociant, ancien officier, homme de coeur et d'esprit acquit des droits éternels à ma reconnaissance, en me présentant à une société de gens qui savaient dîner.../...
Ces messieurs avaient des cuisinières et non des cuisiniers. Á ces dîners, point de politique passionnée, point de littérature, aucune prétention à montrer de l'esprit; l'unique affaire était de bien manger. Un plat était-il excellent, on gardait un silence religieux en s'en occupant.../...Dans les grandes occasions, on faisait venir la cuisinière pour recevoir les compliments.../...J'ai vu ce spectacle touchant, une de ces filles, grosse maritorne de quarante ans, pleurer de joie à l'occasion d'un canard aux olives.../...
Lyon abonde en poissons, en gibier de toute espèce, en vins de Bourgogne.../...; et enfin Lyon possède des légumes qui réellement n'ont que le nom de commun avec ces herbes insipides que l'on ose nous servir à Paris.
STENDHAL
