Raison déraisonnable
La Raison qui s'impose
Envahit nos jardins
En bousculant les roses
D'un revers de la main
Accordant du crédit
Aux règles imbéciles
Étouffant sans merci
Nos esprits volubiles
La Raison pire encore
Accorde ses violons
Aux raisons du plus fort
Sans autre vocation
Son creuset de sagesses
Devient déraisonnable
Quand il mêle sans cesse
Sournois et convenable
Et dans ce tourbillon
D'ordres et de connivences
Nous approchons le fond
Du gouffre des silences
Et la vie nous revient
Insipide et sévère
Cultiver son jardin
Devient une chimère
Mais je veux espérer
Qu'à l'heure où tout est loi
Nos pensées oubliées
Vont reprendre leurs droits
L'esprit a plus d'un tour
Dans son sac malin
Pour balayer la cour
De ses travers malsains.
Marie Les couleurs du temps, Lloas _ Album
Les couleurs du temps, Lloas _ Album Construitimages
Première rencontre
Tu ne sais rien de moi
Et je sais tout de toi
Si tu es l'aube bleue
Je suis l'automne feu
Dans tes mains si fragiles
Il y a l'avenir
Dans les miennes dociles
Il ya le plaisir
C'est toi qui me découvres
Et c'est moi qui attend
Que tes paupières s'entrouvrent
Pour y trouver le temps
De nous aimer...
Dérisoire
Je ne suis pas cloué sur le plus absurde des rochers
Aucune prouesse ailée ne me visita jamais
De l'abîme aucun choeur ne monte vers moi
Si ce n'est parfois le hoquet d'une cargaison de naufragés
.../...
_Extrait_
Les dimanches
Comme le bruit tranquille
De l'eau qui s'en va loin
Les rêves du dimanche
Portent la liberté
Jusqu'aux confins des jours
Vers les gloires insoumises
Des désobéissances
Vers la victoire possible
Des saines délivrances.
Il m'en souvient encore
De ces jours libérés
Du poids de l'exigence
Du fardeau du devoir
Des tâches accomplies
Ces jours de force neuve
Qui étouffent les plaintes
Des consciences assassines
Il m'en souvient toujours.
Lorsque l'enfant paraît
Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris.
Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
Innocent et joyeux.
Victor HUGO
Pour petit Sasha,
_Extrait_
Les feuilles d'automne_Editions Poésie, Gallimard
Il a écrit...
La sagesse c'est d'avoir des rêves suffisamment grands
pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit.
Mon amie la Rose
On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
A l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille
Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin
On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon coeur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus
Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain.
On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin
La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Eblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait
Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien
Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin.
"...il m'avait oublié,..."
Je vais d'un pupitre à l'autre : ils sont vides — on doit nettoyer la place, et les élèves ont déménagé.
Rien, une règle, des plumes rouillées, un bout de ficelle, un petit jeu de dames, le cadavre d'un lézard, une agate perdue.
Dans une fente, un livre : j'en vois le dos, je m'écorche les ongles à essayer de le retirer. Enfin, avec l'aide de la règle, en cassant un pupitre, j'y arrive ; je tiens le volume et je regarde le titre :
ROBINSON CRUSOÉ
II est nuit.
Je m'en aperçois tout d'un coup. Combien y a-t-il de temps que je suis dans ce livre ? — quelle heure est-il ?
Je ne sais pas, mais voyons si je puis lire encore ! Je frotte mes yeux, je tends mon regard, les lettres s'effacent, les lignes se mêlent, je saisis encore le coin d'un mot, puis plus rien.
J'ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal, la poitrine creuse ; je suis resté penché sur les chapitres sans lever la tête, sans entendre rien, dévoré par la curiosité, collé aux flancs de Robinson, pris d'une émotion immense, remué jusqu'au fond de la cervelle et jusqu'au fond du cœur ; et en ce moment où la lune montre là-bas un bout de corne, je fais passer dans le ciel tous les oiseaux de l'île, et je vois se profiler la tête longue d'un peuplier comme le mât du navire de Crusoé ! Je peuple l'espace vide de mes pensées, tout comme il peuplait l'horizon de ses craintes ; debout contre cette fenêtre, je rêve à l'éternelle solitude et je me demande où je ferai pousser du pain...
La faim me vient : j'ai très faim.
Vais-je être réduit à manger ces rats que j'entends dans la cale de l'étude ? Comment faire du feu ? J'ai soif aussi. Pas de bananes ! Ah ! lui, il avait des limons frais ! Justement j'adore la limonade !
Clic, clac ! on farfouille dans la serrure.
Est-ce Vendredi ? Sont-ce des sauvages ?
C'est le petit pion qui s'est souvenu, en se levant, qu'il m'avait oublié, et qui vient voir si j'ai été dévoré par les rats, ou si c'est moi qui les ai mangés.















