samedi 13 février 2016

Feu d'artifice

man ray feu d'artifice_ les mains libres de Paul Eluard 1937

La rue fantastique est d'ici
Où ne s'effacent pas les ombres.

Dessin Man Ray

Mots Paul Eluard

Les mains libres_Man Ray- Paul Eluard

"Les mains libres"  Man Ray / Paul Eluard
Edition Jeanne Bucher, 1
937  

Posté par Lloas à 09:38 - - Permalien [#]
Tags :


vendredi 29 janvier 2016

Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Poésie et Vérité_Recueil clandestin_1942,
Editions de la main à la plume
   

Poésie et vérité_Eluard

Posté par Lloas à 10:19 - - Permalien [#]
Tags :

lundi 26 janvier 2015

Il y a des mots...

 ../..
  Il y a des mots qui font vivre
  Et ce sont des mots innocents
  Le mot chaleur le mot confiance
  Amour justice et le mot liberté
  Le mot enfant et le mot gentillesse
  Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
  Le mot courage et le mot découvrir
  Et le mot frère et le mot camarade
  Et certains noms de pays de villages
  Et certains noms de femmes et d’amies

../..

Paul Eluard

paul-eluard-au-rendez-vous-allemand-

 

 

 

 

 

Extrait du Poème "Gabriel Péri"_Au rendez-vous allemand, Paris, Éditions de Minuit, 1945.

Posté par Lloas à 12:19 - - Permalien [#]
Tags :

mercredi 11 novembre 2009

11...14...18...

Les deux squelettesMarcel Chabot- Anthologie des écrivains pacifistes, 1916.

 

 

Un Français, un Prussien, dans les ombres d’un bois

Sont tous deux à l’affût…Ils tirent à la fois,

Et tombent gémissants dans un fossé du bois.

Côte à côte gisants à travers les fougères,

Ecrasés tous les deux par les mêmes misères,

Ils se parlent, saignants, sur un lit de fougères.

Ils sentent s’avancer les pas noirs de la Mort.

- Quel âge as-tu ? – Vingt ans, fait l’un dans un effort.

Autour de leurs vingt ans rôde à pas lents la Mort.

Les yeux voilés de pleurs, ils sourient à leurs mères

Qui, le regard éteint par les larmes amères,

De loin baisent leur âme…Ils sourient à leurs mères.

L’homme ne peut mourir sur le bord d’un chemin

Sans qu’auprès de lui batte et pleure un cœur humain.

Ils enlacent leurs mains sur le bord du chemin.

Chacun d’eux en luttant contre l’heure suprême

Sent un frère qui veille et qui l’aime quand même

Et moins dure à leur cœur semble l’heure suprême…

(…)

Un an plus tard on vit dans un fossé du bois

Deux squelettes blanchis qui s’étreignaient les doigts.

 

Poèmes pour la paixPaul Eluard- Poésies 1913-1926

                               I

Toutes les femmes heureuses ont

Retrouvé leur mari – il revient du soleil

Tant il apporte de chaleur.

Il rit et dit bonjour tout doucement

Avant d’embrasser sa merveille.

                              II

Splendide, la poitrine cambrée légèrement,

Sainte ma femme, tu es à moi bien mieux qu’au temps

Ou avec lui, et lui, et lui, et lui,

Je tenais un fusil, un bidon – notre vie !

                            III

J’ai eu longtemps un visage inutile,

Mais maintenant

J’ai un visage pour être aimé

J’ai un visage pour être heureux.

  Les poètes de la grande guerre (Edition du Cherche midi) les_po_tes_de_la_grande_guerre

Posté par Lloas à 08:42 - - Permalien [#]
Tags : ,